Le mercredi 6 septembre 1820 – le marquis de Montchenu, le commissaire représentant le roi Louis XVIII et depuis le départ de ses collègues, les empereurs de Russie et d’Autriche, demande à Hudson Lowe : « je souhaite voir Bonaparte. J’ai des intérêts d’une nature particulière, important à mon gouvernement ; je veux savoir ce qu’il pense, ce qu’il fait, à quoi il s’occupe. »
Était-il chargé d’une mission ? Son emportement, sa verbosité nous le montrent sous un jour nouveau. Lowe crut peut-être que les troubles qui régnaient en France, et la crainte qu’y inspirait le prisonnier de Sainte-Hélène, poussaient le ministère français à quelque complot contre la vie de Bonaparte… Il manœuvra le marquis pour le faire parler.
– Quand j’opérerai, s’exclama celui-ci, opposez-moi la force, vous en êtes le maître… Si j’avais un bataillon à Longwood et un à Jamestown, nous verrions lequel avait raison.
– Est-ce une notification de votre intention de visiter Longwood ?
– En effet.
Lowe sortit de sa poche le factum bien connu : si le commissaire veut s’assurer de la présence de Bonaparte, le gouverneur lui donnera l’occasion d’accomplir sa mission, soit en l’accompagnant de sa personne, soit en le faisant escorter par un officier.
– Je n’y consentirai jamais, glapit Montchenu, c’est trop humiliant ! Être prisonnier dès que je mets les pieds dans l’enceinte de Longwood. Comment, le commissaire de France prisonnier dans l’endroit où Bonaparte est libre !
On lui expliqua que l’officier anglais ne serait là que pour le guider.
– Je n’ai besoin que de deux yeux… Je trouverai le chemin… et, bien que je n’aie jamais vu Bonaparte, je le connaîtrai parfaitement bien, à l’aide des milliers de ses portraits.
Lowe était intrigué par l’objet de cette visite.
– Je veux me rapprocher des personnes qui savent ce qu’il pense et qui connaissent ses secrets.
– Des personnes de sa suite ?
– Oui, des personnes de sa suite.
On lui répéta que les compagnons de Bonaparte ne résidaient dans l’île que par faveur du gouvernement et qu’ils ne pouvaient se prévaloir des accords d’Aix-la-Chapelle.
– Bonaparte est prisonnier des huit puissances, tempêta le marquis et il n’y a qu’elles qui puissent faire des règlements. J’irai donc à Longwood, j’y suis bien déterminé.
Que s’y passe-t-il ? Tout n’y va donc pas bien. Il doit s’y passer quelque chose de mystérieux puisqu’il faut le cacher.
Lowe l’adjura de différer sa visite, en arguant que les instructions du duc de Richelieu, dont le marquis s’armait, étaient antérieures aux décisions de la conférence.
– Mais j’ai reçu d’autres instructions. Voulez-vous que j’attende encore dix mois, un an ? Non, j’ai déjà attendu quatre ans. Je vais rompre la glace.
– Vous m’assurerez, par écrit, que c’est pour constater la présence de Bonaparte ?
– Non, je ne le ferai pas !
Haussant le ton, Montchenu trancha que les gouvernements attachaient autant de prix à ses dépêches qu’à celles du gouverneur et fustigea la dictature instaurée dans l’île.
– En Angleterre tout ce qui n’est pas défendu est permis.
– À Sainte-Hélène, conclut Lowe glacial, tout ce qui n’est pas permis est défendu.
Par ces derniers mots sans appel possible, Lowe avait avoir clos l’affaire. Il se trompa…. Montchenu reviendra à la charge le 9 septembre.
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2021 Année Napoléon