Le jeudi 3 août 1820, paradoxalement, le simple fait que Napoléon se porte mieux attise chez le gouverneur sa suspicion naturelle. Et cette suspicion est amplifiée par le comportement incompréhensible du docteur Antommarchi qui s’applique à confirmer la mauvaise impression de sa première audience. Étouffant dans Longwood, il avait sollicité du gouverneur l’autorisation de visiter les hôpitaux et passait le plus clair de ses journées à Jamestown, où sa faconde, sa réputation de « professeur » et sa jolie figure pouvaient lui valoir cent conquêtes féminines. Il boudait, en revanche, l’étiquette de la Maison et Napoléon qui avait toléré une certaine désinvolture quand les consultations se réduisaient à des conversations, perdit patience quand il fut sérieusement malade durant le mois de juillet et, Bertrand fit au dottoraccio une leçon qui porta ses fruits. « Le professeur Antommarchi, qui rendait quotidiennement visite au général Bonaparte en habit du matin, pantalons et bottes, a troqué ce costume contre des culottes noires, des bas de soie et des souliers bas… De la journée, il ne voit plus le général. » Cette insouciance, ces absences prolongées renforçaient la thèse de Lowe, qui tenait la maladie pour feinte et ne s’en cachait pas.
Aussi, lorsque Antommarchi évoque les effets du climat de Longwood, « qui engendre, nourrit et accroît le mal », on lui rit au nez.