Histoire
de
l’Exil

L’arrivée du vaincu

Après sa défaite à Waterloo en Belgique le 18 juin 1815, Napoléon se rendit aux Anglais et apprit le 31 juillet qu’il serait finalement exilé à Sainte-Hélène. Cette petite île au milieu du Sud de l’océan Atlantique était alors sous domination anglaise.

Après un long voyage en mer de deux mois, Napoléon arriva à Sainte-Hélène le 15 octobre 1815. Son arrivée bouleversa la vie de île placée en état de siège. Un couvre-feu fut instauré pour les habitants à partir du mardi 17 octobre, à six heures et demie du soir. L’île était prête à recevoir Napoléon qui, afin d’éviter la foule, débarqua aussitôt la nuit tombée.

Napoléon Musing At Saint Helena, estampe de Benjamin Haydon

Les Prémiers préparatifs

En attendant l’arrivée du Gouverneur nommée par Londres, l’amiral sir George Cockburn disposait des pleins pouvoirs pour organiser la détention de Napoléon.

Il signifia au Conseil qu’il avait choisi la maison de campagne du lieutenant-gouverneur Skelton pour être celle de son prisonnier. Il était donc nécessaire de lui offrir une nouvelle résidence. Il lui fut demandé de bien vouloir la choisir lui-même et de préciser la quantité de terrain qu’il lui semblerait utile de réquisitionner afin de pouvoir satisfaire à ses besoins, à ceux de sa domesticité et à ceux de ses chevaux. Les frais seraient entièrement réglés par l’Honorable Compagnie qui serait elle-même remboursée par Sa Gracieuse Majesté.

Amiral Sir George Cockburn, par Jérôme Ambrosini

 

La semaine du 16 au 21 octobre 1815

Le Castle, siège des autorités locales, était en proie à une activité débordante : sir George Cockburn y avait installé son quartier général. Les quatre membres les plus importants de l’administration civile de l’île dressèrent l’emploi du temps de la semaine qui devait instaurer le nouveau cadre de vie des habitants de l’île.

Le mardi 17, tout était prêt pour la réunion du Gouvernement. Le Secrétaire du Conseil, Thomas Henry Brooke annonça que Son Altesse Royale, le Prince Régent avait « le plaisir d’ordonner que le général N. Buonaparte et les personnes françaises qui l’accompagnaient soient détenus dans l’île de Sainte-Hélène ». En conséquence, l’Honorable Compagnie – à qui l’île appartenait – se devait d’avertir les habitants et toutes autres personnes vivant sur l’île que toute communication ou correspondance avec les Français détenus leur était interdite. Les contrevenants se verraient immédiatement expulsés et seraient même passibles de lourdes sanctions.

« Nous naissons, nous vivons, nous mourrons au milieu du merveilleux. »

Napoléon

Le jeudi 19, par décision du Conseil, tous les résidents non-britanniques furent expulsés. Toute demande de compensation devait être dûment justifiée. Trois notables de l’île furent chargés de calculer ces indemnités. Il fut décidé que les malheureux bannis recevraient une commission forfaitaire équivalente à dix pour cent des biens récupérés par le gouvernement. La liste fut vite établie : ils n’étaient que treize. Ceux qui étaient employés par la Compagnie perçurent six mois de salaire. Les autres reçurent la somme forfaitaire de dix livres sterling [soit environ £720 de 2016] pour faire face à leurs besoins immédiats. Le contre-amiral fut chargé d’organiser ces départs. Trois Français habitaient l’île avant l’arrivée de Napoléon. Ils furent les premiers à être expulsés avec quatre autres « étrangers ».

Le samedi 21 octobre, à l’exception des quelques notables ayant une fonction dans le gouvernement, l’administration britannique avait réussi à placer sous la loi martiale Sainte-Hélène, condamnant ainsi ses habitants, tant que vivrait le général Bonaparte, à une détention de fait. L’insuffisance de denrées disponibles sur l’île pour une population passée de six mille à huit mille personnes en une semaine restait la principale difficulté de ce changement de statut administratif. Les militaires et leurs chevaux furent rationnés et les Héléniens contrôlés. Seul le vin, considéré comme « le réconfort des troupes », ne fut pas restreint.

Sainte-Hélène sous séquestre

Pour permettre la surveillance de nuit, interdiction fut faite à tous les habitants de l’île de se déplacer sans mot de passe entre neuf heures du soir et le lever du soleil. Les patrouilles qui, toutes les nuits, sillonnaient l’île avaient l’ordre d’arrêter tous ceux qui ne disposeraient pas du mot de passe.

En plus de ce couvre-feu, il parut nécessaire au Conseil de placer tous les vaisseaux ou bateaux amarrés à Sainte-Hélène sous le contrôle direct de l’amiral sir George Cockburn. Il était donc demandé aux propriétaires de bateaux, même les barques, de donner une description très précise de leurs bâtiments, à défaut, leurs biens seraient saisis.

Vue de l’île de Sainte-Hélène, estampe

Le Général Prisonnier

Malgré toutes ces mesures restrictives, il fut signifié à la population, par ordre de Son Altesse Royale, le Prince Régent, que le général Bonaparte devait être respecté et considéré, en toute occasion, comme un général. Les militaires reçurent l’ordre de le saluer comme s’il était un officier de ce grade au service de Sa Majesté, mais sans commandement.

Sainte-Hélène, estampe